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Un élan de solidarité

Un élan de solidarité

La catastrophe d’Albeuve ne touche pas seulement la vallée de l’Intyamon. Très vite, l’émotion dépasse les frontières de la Gruyère et un vaste mouvement de solidarité se met en place à l’échelle du canton et de toute la Suisse.

Dès le lendemain de l’incendie, les journaux relaient la situation dramatique des habitants. Des articles paraissent dans de nombreux titres, de la Gazette de Lausanne au Journal de Genève, en passant par le Bund ou le Journal du Jura. La presse fribourgeoise suit de près la situation et publie régulièrement les listes de dons et de souscriptions.

L’État de Fribourg organise une grande collecte officielle, dirigée par un comité central et relayée dans chaque district. En Gruyère, un comité local, présidé par le préfet, coordonne l’aide. L’Église mobilise également les paroisses du diocèse. Partout, communes, associations et particuliers répondent à l’appel.

Les secours prennent des formes très diverses. Des villes comme Bulle, Fribourg ou Romont envoient du grain, aussitôt transformé en pains pour les familles sinistrées. Des vêtements, des vivres, des objets de première nécessité arrivent de toute parts. De nombreuses collectivités font également des dons de bois, dans la perspective de la reconstruction du village.

La générosité s’exprime aussi à travers des initiatives originales : concerts de soutien, collectes lors de fêtes ou de banquets, dons d’écoles, contributions de soldats ou de communautés fribourgeoises installées à l’étranger.

Au total, les collectes réunissent près de 100 000 francs, auxquels s’ajoutent d’importants dons en nature. Malgré cet élan remarquable, les pertes restent immenses. Après l’intervention des assurances, les dommages subis par la communauté d’Albeuve représentent encore plusieurs centaines de milliers de francs de l’époque.

Ces élans de solidarité témoignent de l’émotion suscitée par la tragédie. Ils ouvrent surtout la voie à l’étape suivante : celle de la reconstruction du village.

Appel à la solidarité publié dans Le Fribourgeois, le 22 juillet 1876
Souscription pour les incendiés d’Albeuve, La Liberté, 22 juillet 1876

Cette générosité prend des formes diverses, souvent à l’initiative de privés et que les journaux s’empressent de relayer. Ainsi, une collecte est organisée, le mardi après l’incendie, lors du banquet officiel du Tir fédéral qui se déroule dans le même temps à Lausanne. Ici, ce sont les écoles réformées de Fribourg qui offrent le fruit de leur récolte pour l’acquisition de matériel destiné aux élèves d’Albeuve. Là, c’est le Département des postes qui accorde la franchise de port pour tout envoi de charité inférieur à cinq kilos. Ailleurs, c’est un hôtel de Morgins qui lance une loterie au sein de sa clientèle ; ce sont les Fribourgeois de Moscou qui, via l’École française, versent la somme de 225 francs. Autres exemples de cette diversité charitable : les nombreux concerts organisés aux quatre coins du canton ; les soldes que les recrues fribourgeoises de Colombier offrent aux incendiés ; les jetons de présence auxquels les députés fribourgeois renoncent lors de la session de fin juillet.

Le préfet Blanc met en garde contre des faux quêteurs qui parcourent les villages en se faisant passer pour des sinistrés d’Albeuve. Quelques années plus tard, en janvier 1879, une polémique éclate dans la presse. Le Journal de Fribourg, journal d’opposition, critique la manière dont les fonds ont été répartis, accusant le comité de secours d’avoir favorisé certains propriétaires relativement aisés. Le curé d’Albeuve, Dumas, président du comité, répond publiquement dans La Liberté, en rappelant que la répartition a été effectuée selon des règles validées par le Conseil d’Etat.

Ces règles avaient été fixées en décembre 1876. Après estimation des pertes, les familles furent classées en quatre catégories selon leur situation financière : des personnes relativement aisées jusqu’à celles réduites à l’indigence. La part des secours variait de 15 % à 45 % selon le degré de détresse.

Au total, les collectes réunissent environ 98 000 francs, auxquels s’ajoutent quelque 41 000 francs de dons en nature, notamment du bois et des vivres. Les pertes provoquées par l’incendie atteignent toutefois près de 620 000 francs. L’assurance cantonale couvre environ 200 000 francs pour les bâtiments, tandis qu’une faible part du mobilier est également assurée.

Malgré les aides et les assurances, la communauté d’Albeuve doit encore faire face à des pertes considérables, estimées à près de 400 000 francs. Rapporté à aujourd’hui, un tel montant représenterait plusieurs millions de francs.