Esquisse des emplacements envisagés pour reconstruire Albeuve, tirée du Rapport Gremaud, Archives de l’État de Fribourg

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Imaginer un nouveau village

Imaginer un nouveau village

Très rapidement après le désastre, une question s’impose : comment reconstruire Albeuve ? L’incendie a détruit presque tout le village. Mais cette catastrophe offre aussi une occasion rare : repenser entièrement l’organisation de la localité afin d’éviter qu’un tel drame ne se reproduise.

Les premières réflexions portent sur l’emplacement du village. Faut-il se rapprocher de Neirivue ? Construire Albeuve sur un autre site, à l’abri des crues de la Marive ? Mais les habitants tiennent à rester sur les terres où leurs familles vivent depuis des générations. Une certitude émerge donc assez vite : malgré les hypothèses de déplacement, Albeuve restera à Albeuve. Le village sera reconstruit sur son site d’origine, mais selon des principes nouveaux.

Le 3 septembre 1876, le comité de secours constitué pour l’occasion demande officiellement un plan de reconstruction au Gouvernement fribourgeois. Pour l’ingénieur cantonal Amédée Gremaud, la reconstruction d’Albeuve devient un chantier exemplaire, où il s’agit de concilier sécurité, circulation, salubrité et avenir du village.

Le fonctionnaire étudie plusieurs modèles urbanistiques étrangers, notamment ceux des villes de Turin et Karlsruhe. Il s’inspire également d’un cadastre en damier inspiré d’un modèle réalisé par les autorités françaises dans la province d’Alger. Dans ce nouvel Albeuve, les bâtiments seront davantage espacés, séparés par des ruelles, des jardins ou des vergers. Les toits sont en tuile, les constructions dotées de murs en pierre. L’objectif est clair : freiner la propagation du feu en cas d’incendie et mieux organiser la vie du village. Les habitations, les granges, les rues et les espaces de travail doivent désormais former un ensemble cohérent, organisé.

La construction des habitations est également réglementée : devant les alternatives proposées par les autorités, les habitants optent pour celle constituée d’une maison commune de deux ou trois étages pour deux propriétaires, avec une grange partagée. Ce choix est motivé par le souhait de réutiliser les caves voûtées et de pouvoir reconstruire sur les fondations encore en place.

Esquisse des emplacements envisagés pour reconstruire Albeuve, tirée du Rapport Gremaud, Archives de l’État de Fribourg
Esquisse d’un plan en damier, tirée du Rapport Gremaud, Archives de l’État de Fribourg
Projet de reconstruction, premier plan de l’ingénieur Gremaud, octobre 1876, Archives de l’État de Fribourg