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Se relever ensemble
Se relever ensemble
Après l’urgence et l’élan de solidarité, une autre étape commence pour Albeuve : retrouver des repères et redonner cohésion à une communauté dispersée. Dans ce moment d’incertitude, la vie religieuse joue un rôle central pour rassembler les habitants et nourrir l’espoir.
Le curé du village, l’abbé François-Xavier Dumas, devient rapidement une figure clé de cette période. Arrivé à Albeuve en 1871, ce jeune prêtre de 31 ans doit affronter l’épreuve quelques années seulement après son installation. Le jour de l’incendie, il se trouve à Fribourg pour une retraite ecclésiastique. Il rejoint sa paroisse durant la nuit, alors que les deux victimes retrouvées dans les décombres viennent d’être enterrées.
Dès le lendemain, il s’engage aux côtés du syndic Alexis Castella pour organiser les secours et coordonner l’aide qui afflue vers le village. Autorités communales et paroissiales unissent leurs efforts pour soutenir la population et préparer la reconstruction.
Mais le rôle du curé dépasse l’organisation matérielle. Très vite, il souhaite redonner un lieu de rassemblement à une communauté désormais dispersée dans les villages voisins. Avec l’accord de l’évêque Monseigneur Marilley, les offices reprennent quelques jours seulement après l’incendie dans l’église en ruine. Les décombres sont dégagés et une charpente provisoire permet d’y célébrer à nouveau la messe.
Le 15 août 1876, pour la fête patronale de l’Assomption, plusieurs centaines de fidèles se retrouvent ainsi au milieu des murs calcinés. La cérémonie, présidée par l’évêque, marque profondément les esprits. Dans ce lieu meurtri, la paroisse retrouve un centre et un symbole.
Peu à peu, l’idée s’impose : l’église sera le premier bâtiment reconstruit. Les travaux débutent rapidement et, dès 1879, les fidèles peuvent à nouveau s’y rassembler. L’édifice est consacré en septembre 1883. L’abbé Dumas restera à Albeuve jusqu’à sa mort en 1903.
Témoignage
La Liberté a envoyé un correspondant afin de rendre compte de cette visite épiscopale peu ordinaire, à peine un mois après l’incendie : Ce qui m’a amené aujourd’hui à Albeuve, avec beaucoup d’autres personnes étrangères, c’est la cérémonie religieuse qui devait avoir lieu sur les décombres de l’ancienne église et à laquelle devait présider Sa Grandeur Mgr Marilley. À ce même jour, l’année dernière, la population tout entière, rassemblée autour de son pasteur bien-aimé, célébrait dans la joie cette grande solennité. Aujourd’hui, plus de pompes éclatantes, plus de carillon joyeux ; rien que des murs noircis et lézardés, une enceinte vide et nue, une tour décapitée qui chancelle sur sa base. À la place de qui fut jadis le chœur, on a relevé les ruines de l’autel. Que dire surtout de cette population en deuil, quittant ses abris provisoires pour revenir dans le lieu saint détruit. Elle ne sait plus à quoi rattacher ses souvenirs ; elle cherche en vain, dans cet amas de décombres, quelque chose qui lui rappelle ses joies passées. À sept heures du matin, Sa Grandeur distribuait la Sainte Communion à près de cinq cents fidèles, paroissiens d’Albeuve, auxquels s’étaient jointes les personnes hospitalières du village voisin. C’est également dans l’enceinte de l’église détruite qu’a eu lieu l’office de neuf heures. Jamais sans doute Albeuve n’avait vu accourir dans son temple d’aussi nombreux fidèles.